ii
accueil thématiques actualité plan du site contact
  photo flore liens
prive
 

 
> Aménagement
> Articles en Anglais
> Biologie végétale
> Botanique
> Dendrologie
> Dendrométrie
> Divers
> Ecologie
> Etude des stations
> Exploitation
> Jeux
> Législation
> Pédologie
> Sylviculture
> Technologie du bois
 
  :: Regroupement - Chapitre 1 : Le groupement forestier
:: Eaux potables et forêts protégées - The importance of forest protected areas to drinking water
:: Les rémanents d’exploitation
:: Le rôle des administrations locales dans la promotion de la gestion responsable des forêts
:: Déforestation
:: Le chène liège
:: Les Grands Erables
:: IFN-Instruction pour les mesures et observations de terrain des stations foretières
 
 
  > Office National des Forêts
> Office National des Forêts
> Le CEMAGREF
> ENGREF - INRA
> Institut de l’Information Scientifique et Technique
 
 
   Sylviculture
Choisir l’essence adaptée à une plantation est la 1ère étape sylvicole


L’essence à choisir pour une plantation ne dépend pas que de l’objectif du propriétaire. Il faut relever les données stationnelles afin de trouver quelle essence sera la plus adaptée pour se développer dans ces conditions spécifiques. C’est pourquoi de nombreux problèmes et erreurs sont évités si le choix est bon.

Pourquoi ne trouve-t-on pas de Douglas en terrain calcaire², ni d’Epicéas de Sitka en milieu continental ? Peut-être bien pour prouver que les avantages que présentent certaines essences ne sont pas exploitables partout. Il faut donc étudier le comportement de chaque essence en fonction des conditions environnantes, afin de trouver celles qui sont le mieux adaptées.

La connaissance du sol est majeure dans le choix à porter

Une prospection du sol est nécessaire avant toute plantation, afin de déterminer les conditions dites édaphiques. Une simple étude à la tarière permet déjà d’en connaître beaucoup sur le terrain. Mais on peut pousser l’étude en laboratoire à partir d’échantillons prélevés, pour obtenir des données plus approfondies. Une fois ces relevés connus, on pourra proscrire les essences non adaptées. Plusieurs critères sont à relever pour connaître les potentialités de la station :

• La profondeur ;

• La nature de la roche mère géologique ;

• La texture ;

• La structure ;

• La réserve en eau du sol ;

• L’hydromorphie ;

• Le pH ;

• La présence ou non de calcaire actif.

Les critères physiques

La profondeur permet de savoir si le sol est assez développé pour accueillir les racines. Un sol superficiel aura des ressources limitées et induira une mauvaise croissance des arbres. Cependant, il est inutile de savoir exactement la profondeur d’un sol très développé : dans ce cas, les racines n’atteindront pas la roche mère géologique, située « au fond », et il n’y aura aucun problème de développement.

Cette roche mère peut être connue à partir de cartes géologiques disponibles au B.R.G.M. Elle donne une première idée de la nature du sol.

En effet, elle est responsable de la texture du sol : il s’agit de la teneur en argile, limon et sable (voir Tableau 1). Des études de laboratoire sont nécessaires pour connaître les pourcentages exacts.

Cependant, il est facile de savoir quelle est globalement la texture :

• Le sol contient du sable, lorsqu’on entend un crissement à l’oreille, sous l’effet du frottement de la terre entre les doigts.

• Le limon est perceptible car il est doux au toucher, il tache mais ne colle pas.

• L’argile est collante et ne tache pas.

Un sol sableux sera bon pour la prospection racinaire, mais il retiendra peu les éléments minéraux et l’eau. Les arbres ne seront pas stables. A l’inverse, un sol argileux (Ex : Pélosol3) sera très riche en eau et en minéraux, mais il est souvent trop lourd : très peu d’aération engendrera des problèmes racinaires et peut causer des stagnations de l’eau dans le sol.

Cette aération est également liée à la structure du sol, qui est l’agencement physique des agrégats de terre entre eux. (Ex : sableux ; grumeleux ; polyédrique4...).

Enfin, une des données les plus importantes est appelée la Réserve Utilisable Maximale (RUM). C’est la quantité d’eau présente sur une profondeur de sol donnée (généralement 1 mètre). Elle dépend de la texture, de l’épaisseur de l’horizon5 pour lequel on la calcule, et de la proportion d’éléments grossiers présents dans cet horizon.

RUM (mm) = k x E (cm)x (100-EG)/100

Avec k, le coefficient de texture (voir Tableau 2) ; E, l’épaisseur de l’horizon ; EG, le pourcentage d’éléments grossiers.

Si on a plusieurs horizons sur le 1er mètre, on calcule la RUM sur chacun des horizons, et on fait le cumul des résultats obtenus. (Remarque : en fonction de la topographie6, les valeurs trouvées ne sont pas exactes. En bas de pente, rajouter 15mm au résultat ; en haut de versant, ôter 10mm)

Chaque essence a une exigence minimale en eau dans le sol (voir Tableau 3)

Les critères chimiques

Là encore, plusieurs données sont relevables sur le terrain. Nous ne parlerons pas des données telles que la CEC (capacité d’échange cationique) ni encore du rapport C/N, obtenus après analyse en laboratoire.

L’hydromorphie indique la présence d’eau stagnante, de façon temporaire ou permanente, dans le sol. Elle est caractérisée par l’observation de tâches de rouille, résultat de l’oxydation du fer, et/ou une décoloration grisâtre due à la réduction de ce fer. Une observation à l’œil nu détermine le type d’hydromorphie (voir Tableau 4). Il est important d’identifier ce type, ainsi que la profondeur d’apparition, afin de savoir si ce sera gênant pour les racines.

Le pH (potentiel Hydrogène) permet de savoir si le sol est plutôt acide (pH<7), neutre (pH=7) ou basique (pH>7). Les sols très acides vont être pauvres en minéraux, ce qui constituera un facteur limitant à la croissance. La détermination de l’humus (de type « mor7 » par exemple) peut permettre de savoir si le sol est très acide ou non. En revanche, un sol basique peut révéler la présence de calcaire actif, qui est nocif pour certaines essences. D’où l’importance de réaliser un test à l’acide chlorhydrique (HCl) et de mesurer le pH.

Ce calcaire actif est un poison pour des essences dites calcifuges8 comme le Douglas ou le Châtaignier. Ces particules de CaCO3, qui réagissent à HCl, peuvent aussi être responsables d’une mauvaise fertilité du sol. Il faut donc identifier sa présence avant plantation. (Remarque : tous les sols reposant sur roche mère calcaire ne comportent pas forcément de calcaire actif.)

La pluie et le beau temps

Les conditions climatiques sont tout aussi importantes. En effet, des périodes de sécheresse ou de canicule (Ex : été 2003) ont des conséquences néfastes sur les peuplements. Ainsi, des données météorologiques sont nécessaires pour éviter de planter des essences non adaptées.

Des indices facilitent le problème

Les précipitations sont essentielles et doivent être continues, car le besoin en eau est perpétuel. Il faut ainsi éviter une alternance de mois pluvieux et de périodes sèches, car certaines essences ne le supportent pas. Ainsi, lorsque le climat est peu humide, il faut s’assurer que la réserve en eau du sol puisse compenser ce manque, surtout pour des espèces exigeantes en eau. Un déficit temporaire d’eau altère parfois la croissance et la qualité du bois (fentes de sécheresse...).

Les températures moyennes mensuelles et annuelles complètent les données utiles. On peut élaborer un diagramme ombrothermique de Gaussen qui met en relation une courbe des températures moyennes mensuelles et un histogramme des précipitations. On peut ainsi définir les mois secs9. On connaît les conséquences des sécheresses printanières et estivales sur la croissance des jeunes arbres en plantation.

En plus de diagrammes, des indices climatiques peuvent être simplement calculés. Le plus connu et utile est l’Indice d’Aridité de De Martonne. Il est donné par la formule suivante :

I = P / (T°+10)

Avec P, les précipitations en mm ; T° la température en °C.

On peut le calculer annuellement ou mensuellement selon la nature des données utilisées dans la formule. Plus il sera faible, plus les conditions seront arides. Cet indice est surtout fiables pour deux essences :

• Le Hêtre : qui sera dans de bonnes conditions si I>40 ;

• Le Sapin pectiné : qui exige que I soit supérieur à 50-55 pour être bien adapté.

Tout type de climats

En fonction de ces données, on peut caractériser un climat. En France, il en existe de nombreux.

• Océanique : T° douces en hiver et en été ; Précipitations fortes et bien réparties sur l’année ;

• Semi-continental : Amplitude de T°>15°C, entre le mois de plus chaud et le mois le plus froid de l’année.

• Méditerranéen : T° moyenne annuelle élevée ; Forte sécheresse estivale ; Précipitations annuelles faibles ;

• Montagnard : T° moyenne qui diminue et précipitations qui croissent avec l’altitude.

Ce dernier est important, car l’altitude est un facteur limitant pour certaines essences. Ainsi, en France, le Douglas doit être implanté à l’étage Plaines et Collines (Altitude<900 mètres), alors qu’il supporte des altitudes plus élevées dans son aire d’origine (Côte ouest américaine). A l’inverse, des essences seront à même de s’intégrer à l’étage montagnard (Ex : Epicéa commun), voire subalpin (Ex : Mélèze d’Europe)

Les critères à ne pas omettre

Avec tous les critères cités précédemment, on peut déjà se faire une idée sur quelques essences adaptées. Cependant, on peut affiner le choix, en n’omettant pas certains aspects.

Il faut connaître l’objectif du propriétaire : il peut influencer le choix d’une espèce plutôt qu’une autre.

Un autre critère important réside dans la connaissance du passé d’une parcelle. En effet, certaines plantations suivent une coupe rase, dont il vaut mieux connaître la cause. Si le peuplement précédent a été rasé pour raison sanitaire, il est crucial de ne pas planter la même espèce que précédemment. Par exemple, une attaque de Fomès Heterobasidion annosum sur épicéas peut se répéter, même après coupe rase. Il faudra donc proscrire la plantation d’essences sensibles à ce pathogène sur un site précédemment contaminé.

Autre exemple significatif : il ne faut pas planter de peupliers à proximité de mélèzes (pas à moins de 2km à la ronde) car cela augmenterait le risque d’infection par la rouille du peuplier Melampsora larici-populina.

Conclusion

Si le choix d’une essence est aussi important lors d’une plantation, c’est pour limiter les problèmes au cours de la vie du peuplement. Bien que ça n’assure pas de conduire le peuplement à terme, il faut utiliser les données connues pour éviter de prendre des risques inutiles. La consultation des catalogues de stations est donc plus que conseillée. Pour cela, contactez votre C.R.P.F (Centre Régional de la Propriété Forestière) régional.

Thibaud SURINI

Bibliographie :

• BAIZE D. et GIRARD M.C., 1995, Référentiel pédologique français, Editions de l’INRA, 332p.

• BAIZE D. et JABIOL B., 1995, Guide pour la description des sols, Editions INRA, 375p.

• DUME G., MANSION D., RAMEAU J.C, Flore Forestière Française - Guide écologique illustré ; Tome « Plaines et Collines », IDF, 1785p.

• JACAMON M., 2002, Guide de Dendrologie : arbres, arbustes, arbrisseaux des forêts françaises, 4ème édition, ENGREF, 368 p.

• LECOMTE B., 2004, Planter des essences adaptées à la station, Forêts de France, n°479, pp. 31-32.

• MASSENET J.Y, 1994, Cours de pédologie forestière, Lycée forestier de Mesnières-en-Bray.

• 2002, Le pH du sol, Forêt Entreprise n°147, IDF, pp. 9-12.

Liens :

http://editions.brgm.fr

http://www.crpf.fr

Word - 45.5 ko


Lexique :

1 : Etendue de terrain, de superficie variable, mais homogène dans ses conditions physiques et biologiques (sol, topographie, végétation...).

2 : Dont la terre fine du sol contient des particules fines de carbonate de calcium CaCO3, appelées calcaire actif.

3 : Sol dont la texture est fortement argileuse, dès le premier horizon.

4 : D’une forme géométrique à arêtes nettes.

5 : Couche du sol, d’épaisseur variable, dont les propriétés physico-chimiques sont homogènes.

6 : Représentation graphique (d’un terrain, d’une portion de territoire) avec l’indication de son relief.

7 : Humus très développé et épais, très acide, où la décomposition de la matière organique est difficile et lente.

8 : Se dit d’une essence qui ne supporte pas la présence de calcaire actif dans le sol.

9 : Se dit lorsque, sur le diagramme de Gaussen, la courbe des températures est au-dessus du niveau des précipitations. (avec P=2T : il y a un rapport 2 entre les deux échelles du diagramme)



Thibaud Surini

 
© Inforets 2007 - Vimont Mathieu - Tous droits réservés - Site développé avec SPIP hébergé chez Free