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   Ecologie
Tentative de sauvegarde d’une des dernières population d’Euphydryas aurinia


La situation du Damier de la Succise est particulièrement critique en Région wallonne. La plupart des populations se sont éteintes tout récemment et l’inventaire des localités occupées par l’espèce ne dépasse guère une dizaine de stations. Cet article présente une belle initiative privée à la rencontre d’un projet européen de gestion durable.

TENTATIVE DE SAUVEGARDE D’UNE DES DERNIÈRES POPULATION d’Euphydryas aurinia [Rottemburg 1775] (Damier de la Succise)

Dans une propriété forestière privée située sur la commune de Doische en Fagnes. Province de Namur -Belgique
Parc naturel Viroin / Hermeton

Le Bois des Fagnes fait partie d’une longue bande forestière de la Fagne schisteuse (Province de Namur, Belgique), qui s’étire depuis Agimont à l’est, jusqu’à Roly et Fagnolle à l’ouest. Il enveloppe les communes de Romedenne, Vodelée, Gimnée, Doische et Agimont. Sur la commune de Doische, le Trou des Gattes était jusqu’au XIXè siècle constitué de prairies marécageuses drainées par un réseau de fossés creusés de main d’homme. C’est en 1923 que Gustave Delacre acheta le noyau de cette propriété majoritairement boisée, agrandie au fil des ans par mes parents, pour la porter à 70 hectares.

Passionné de nature dés ma plus tendre enfance, et naturaliste-entomologiste amateur, il y a déjà quelques années que j’avais découvert au sein de la propriété la présence d’un remarquable papillon de jour : le Damier de la Succise (Euphydryas aurinia.) Conscient d’une part de l’exiguïté de son habitat résiduel, dont l’essentiel était gagné par la formation forestière, et d’autre part de la valeur relictuelle de cette espèce en Europe, nous avons mon fils François et moi, décidés d’entreprendre de subtils efforts pour tenter de pérenniser cette présence en « reformatant » le biotope estimé trop exigu. Nous ne savions pas alors pas que notre légitime souci de dynamiser l’existence du rare papillon allait à la rencontre du projet européen Natura 2000. Car par le fait que la simple présence de cette Nymphale sylvicole et praticole induit ipso-facto la santé écologique des prairies humides ou sèches et des clairières forestières qu’elle fréquente, elle est judicieusement estimée comme une espèce prioritaire au sein du projet Natura 2000.

Un papillon en réel danger d’extinction en Wallonie

La situation du Damier de la Succise est particulièrement critique en Région wallonne. La plupart des populations se sont éteintes tout récemment et l’inventaire des localités occupées par l’espèce ne dépasse guère une dizaine de stations. Euphydryas aurinia titre (JPG) Ce qui est particulièrement préoccupant pour une espèce qui, au début du siècle, était tout compte fait assez banale puisqu’elle s’observait dans toutes les régions naturelles du pays. Ce fragile Damier est ainsi catalogué comme « vulnérable » par le Conseil de l’Europe et a été repris dans la liste de l’Annexe 2 de la Convention de Berne (ratifiée par la Belgique le 20 avril 1989), ainsi que dans l’Annexe 2 de la Directive européenne 92/43/CEE, encore appelée directive « Faune, Flore, Habitats. »

Bien que strictement sténoèce (ayant des exigences écologiques prononcées), Euphydryas aurinia fréquente un assez large panel de milieux semi-naturels en Wallonie : les prairies humides de fonds de vallées, en particulier celles relevant de l’Alliance du Molinion ; les bas-marais acides (Caricion fuscae) en Ardenne ; les pelouses acidophiles ou nardaies (Nardo-Gallion) en Ardenne également ; les coupes forestières dans les chênaies de Fagne-Famenne ; les pelouses sur marne (Gentiano-Koelerietum) en Lorraine ; et enfin les pelouses sèches sur calcaires (Mesobromion) en Calestienne et en Lorraine.

En Wallonie, Euphydryas aurinia utilise principalement une Dipsacacée : la Succise des prés (Succisa pratensis), comme plante-hôte de sa chenille. Cette plante croît de préférence sur les sols humides et peu perméables où elle développe des plages denses par reproduction végétative (système rhizomateux.) Elle ne supporte pas les apports de nitrates et de phosphates et disparaît dans les prairies engraissées. Une densité minimale de la plante nourricière est nécessaire pour permettre l’établissement et le maintien du papillon. Ses sites de reproduction sont donc identifiés par des densités de Succise moyenne à élevées, sous l’aspect de tapis continus.

L’imago apparaît relativement éclectique et opportuniste dans le choix de ses sources trophiques nectarifères. (JPG) Mais il apparaît qu’une certaine diversité et abondance en plantes à nectar soient nécessaires pour assurer le maintien des populations sur un site donné. La présence de lisières forestières ou de bosquets arborés semble tout autant indispensable à l’établissement d’une colonie reproductrice, les mâles attestant d’une réelle addiction frondicole : peu de temps après leur émergence, ils se dirigent vers la lisière élective la plus proche où ils séjournent en l’attente de femelles durant la plus grande partie de la journée.

À l’évidence, le maintien du Damier de la Succise à long terme en Wallonie ne sera possible que moyennant une politique volontariste de conservation. Sans intervention dirigée, il est peu probable que l’espèce survive longtemps dans les rares sites où subsistent encore des noyaux populationnels. La gestion adéquate de ces biotopes et la restauration des milieux mitoyens constitue donc une priorité.

La gestion favorable se résume à maintenir certains milieux semi-naturels herbacés maigres, riches en plantes nourricières des chenilles (Succise ou Scabieuse) et en fleurs nectarifères à l’intention des adultes, en orée de lisières boisées, tout en veillant à leur interconnexion, à savoir que plusieurs unités du genre assez proches les unes des autres apparaissent comme spacialement nécessaires pour les échanges. Parmi les figures de cette gestion figurent les coupes en rotation susceptibles de créer des clairières temporairement très favorables dans les chênaies de Fagne-Famenne, puisque l’exposition soudaine du sol argileux s’accompagne de floraisons abondantes de la Succise.

Le sauvetage du Damier de la Succise du Bois des Fagnes (Trou des Gattes / Haie Gabaux) : un esprit de conservation doublé d’une obsession légitime

Nullement obnubilés par le strict rendement forestier et soucieux du legs à sauvegarder en ne participant pas à la banalisation des paysages, c’est en favorisant la gestion cynégétique (JPG) (recépages annuels et coupes de taillis en rotation de petites parcelles de quelques ares ou dizaines d’ares, éparpillées au sein de la forêt) que nous fîmes subséquemment du domaine du Trou des Gattes / Haie Gabaux un havre entomologique sans en être vraiment conscient. Ce pays de cocagne pour les Papillons conserve un minimum de 62 espèces recensées ces cinq dernières années (2001 à 2005), ce qui est plutôt inespéré sur une surface somme tout assez restreinte. La trilogie : plante nourricière - lumière - habitat préservé fut la bonne recette non seulement pour garantir le maintien escompté, mais aussi pour valoriser l’épanouissement de tout un cortège de Rhopalocères sylvicoles. Et le précieux Damier de la Succise y trouva son compte puisque depuis plusieurs saisons la colonie de la Haie Gabaux atteste d’une remarquable dynamique. Sensibilisé par mes parents dés ma tendre enfance au respect de la Nature et donc au devenir des sites d’intérêt biologique, contrairement à bon nombre de propriétaires forestiers plutôt réservés vis-à-vis du projet Natura 2000, j’ai œuvré avec mon fils François, Ingénieur des Eaux & Forêts, (dés la connaissance du projet) pour que le Trou des Gattes / Haie gabaux soit inclus dans les sites sélectionnés. Conseillé par le biologiste Philippe Goffart (Research assistant à l’Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats au Centre de Recherche de la Nature, des Forêts et Bois, à Gembloux), nous avons anticipé sur des travaux complémentaires qui nous semblaient souhaitables dans le cadre des futurs contrats de Gestion Natura 2000. C’est ainsi que les layons à Succise commencèrent à être élargis dés l’hiver 2000/2001 et continueront progressivement au fil des ans à l’être à raison de 100 à 300 mètres l’an, en un maillage continu (élargissement sur 12 à 30 mètres, aussi bien dans l’axe Nord-Sud que Est-Ouest), tout en laissant sur pied quelques plants et arbustes, comme l’Aubépine, le Pommier sauvage, le Poirier sauvage, le Prunellier, la Bourdaine, et quelques Chênes épars, en veillant à ce que la lumière puisse partout inonder ces espaces. (JPG) Un recépage devra être élaboré tous les deux à trois ans, voire annuellement dans certaines parcelles riches en Tremble, pour empêcher toute reconquête trop sciaphile mais en respectant certaines essences basses. Ce maillage devrait être ouvert tant sur les plaines que sur le parcours de la ligne de haute tension qui traverse la propriété. C’est chose faite pour la ligne à haute tension qui est ainsi raccordée depuis cet hiver 2005/2006 à notre réseau de clairières interne. Cette ligne, dont le cahier des charges précédent prévoyait un recépage tous les quatre à cinq ans, s’était malheureusement totalement refermée après une période de plus de quinze années sans la moindre intervention. Jean-Pierre Scohy, Ingénieur des Eaux & Forêts à la DNF, chef du cantonnement dont nous dépendons, et à qui nous avions soumis notre réflexion, a réussi à sensibiliser la firme ELIA pour changer la situation. Nous avons ainsi pu signer avec elle, un contrat de gestion « écologique » exemplaire. Dans les premières années suivant la précédente mise à blanc de cette ligne, l’espace était conquis par les papillons et représentait une aire de vol d’autant plus judicieuse qu’elle favorisait la dispersion des « divagants » susceptibles de reconquérir d’autres sites, tout en gardant de petits réservoirs génétiques prêts à pallier aux aléas de disparitions ponctuelles. La pérennité d’un type de gestion « écologique » est donc acquise, et c’est l’ensemble du parcours traversant le Bois des Fagnes qui devrait être géré de façon « douce » et permanente, puisque la commune de Doische, propriétaire du reste de la surface survolée par la ligne, est aux dernières nouvelles, prête à signer un contrat équivalent avec ELIA. Le noyau principal de la population locale d’aurinia, chevauchant, et notre propriété, et une prairie communale qui fut jusqu’ici presque miraculeusement préservée des agressions agricoles (prairies non amendées), nous avons, d’une part en révélant l’existence de cette population non connue des scientifiques avant 2000, d’autre part, par nos différentes interventions tant auprès des biologistes spécialistes (Philippe Goffart, Violaine Fichefet,...) que de l’ingénieur des Eaux & Forêts du cantonnement (Jean-Pierre Scohy), contribués à ce que cette prairie soit, avec l’accord des édiles communaux (janvier 2004), prise en gestion par la Division Nature et Forêts (DNF). Conjuguée avec nos efforts personnels, cette sage décision nous autorise à penser que cette population d’aurinia en danger jusqu’ici sera préservée des aléas du futur. (Le moindre amendement, le moindre labour toujours possible dans une prairie louée en bail à ferme, aurait été fatal à ces belles et trop rares plages de Succise et donc à Euphydryas aurinia - Au lieu-dit « Le Baquet », à quelques kilomètres à vol d’oiseau de notre propriété, un cas similaire démontre bien la fragilité de ces biotopes trop tenus, ou les plages de plants de Succise labourées par des chasseurs pour y planter du maïs pour les sangliers, a entraîné la raréfaction dramatique de la population d’Euphydryas aurinia pourtant la plus dense de fagne /Famenne il y a dix ans à peine.)

L’importance des plus petits

La question ne se fait pas attendre : Quel est le sens de telles interventions dirigées pour conserver les espèces les plus menacées de notre faune ou de notre flore ? Et plus prosaïquement : à quoi bon déployer de tels efforts pour un modeste invertébré que la plupart des gens ne connaissent pas et ne rencontreront même jamais ?

La première réponse pourrait être d’ordre purement éthique et se résumer à cette déclaration de la Charte européenne sur les Invertébrés : « Aucune espèce animale ou végétale ne doit disparaître à cause des activités de l’homme. »

La seconde, plus pratique, consiste à souligner le fait que ces actions orientées vers une espèce donnée profitent bien souvent à tout un ensemble d’espèces animales et végétales qui sont soit liées directement à l’espèce visée, soit présentent grosso-modo les mêmes exigences écologiques. C’est le concept connu de l’« espèce-ombrelle », formule désignant une espèce qui en « abrite » une série d’autres. Ce concept s’applique au Damier de la Succise du Bois des Fagnes, dont la conservation active favorise de nombreuses autres espèces appartenant à la même biocénose.

Gestion durable : percevoir les Insectes bioindicateurs

Les Invertébrés et les Insectes en particulier régissent grandement le fonctionnement global des écosystèmes forestiers. Agents essentiels des cycles biologiques, réagissant ipso-facto par un recul ou une extinction au moindre effet nocif (notamment au niveau des plantes-hôtes dont ils sont tributaires), les papillons de jour ou Rhopalocères sont les véritables révélateurs pour le diagnostic d’une telle situation, tant pour la gestion et la sélection des sites à protéger, que pour l’évaluation de l’incidence biologique des surfaces menacées, en un mot pour la conservation du patrimoine naturel. Ils ne sont pas aptes à témoigner pour ou contre l’évolution intrinsèque du paysage comme certains animaux majeurs (valeurs climaciques, dégradation des formations arborées originelles, stades de transformation) car même pour les plus sténoèces, leur valence équivaut tout de même au minimum d’adaptation de leur plante-hôte. L’Homme a toujours façonné les paysages et il serait sot de réclamer des écosystèmes à l’identique de l’original. Les Papillons nous ont suivi tout au cours de notre évolution et de nos civilisations, ils ont même profité de nos défrichements lors de la grande mutation du nomadisme chasseur-cueilleur à la sédentarité agricole. Ils ont ainsi investi la plupart des formations secondaires et de transformation. Les papillons « ne nous parlent » que d’une certaine « salubrité » du milieu au jour le jour, d’un seuil d’acceptabilité au-delà duquel il y aurait lieu de s’inquiéter. C’est pour cela qu’ils représentent une indication fiable et pratique parce que quasi instantanée. Seulement aptes à se développer dans des niches de bonne ou moyenne conservation, originelles ou de transformations, toute altération grave biffe irréversiblement du paysage ces insectes, que ce soit l’agriculture chimico-intensive, l’excessive pression pastorale avec éradication de la strate végétale, l’excès de fréquentation anthropique avec piétinement, l’aménagement incisif du territoire et tout autre type d’agression de la biosphère. L’utilisation de ces données entomologiques pour une gestion à long terme exige évidemment un suivi dans un concept scientifique.<



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Jean Delacre

 
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