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   Technologie du bois
Des opérations sylvicoles pour améliorer la qualité du bois


La valorisation des bois nécessite la connaissance de critères dévalorisants. Bien que la liste soit longue, on peut limiter leur présence en agissant de façon sylvicole. Des opérations comme l’élagage sont donc justifiées et souvent nécessaires pour améliorer la qualité. Cependant, les anormalités du bois sont parfois suffisantes pour valoriser les bois. En revanche, certains défauts ne peuvent être corrigés.

Qu’est ce qui différencie un bois de chêne de charpente d’un morceau de chêne utilisé pour la confection des tonneaux ? Le prix, me direz-vous ! Bien que tous les débouchés soient utiles, on cherchera toujours à produire le plus beau bois, en limitant la présence de défauts.

On doit pour cela se référer à des normes qui nous indiquent quels défauts doivent être évités pour chacune des qualités répertoriées (Ex : Classement CTBA...) Ces normes doivent faire l’objet d’un article pour elles seules, c’est pourquoi ce point ne sera pas abordé dans cet article.

Le nœud du problème

La présence de gros nœuds dans les pièces de bois présente différents inconvénients : affaiblissement de la résistance mécanique à la flexion, formation de trous par décollement dans les planches, etc. Or, c’est bien un défaut naturel récurrent, sur les arbres sur pied. Toute branche que l’on voit en extérieur laisse cette marque dans le bois.

Il faut réussir à limiter leur nombre, mais également leur diamètre, en évitant que les branches ne grossissent. C’est tout l’objectif de l’élagage, opération qui vise à couper les branches basses pour augmenter la proportion de bois sans nœud sur la bille de pied1. Une branche coupée laissera toujours un nœud, qui sera cependant recouvert au fil des années, par les nouveaux cernes produits. Ainsi, il faut intervenir tôt, pour que ces marques soient concentrées dans la moelle2 de l’arbre. L’élagage est souvent effectué jusqu’à 6 mètres de hauteur, (voire 8 mètres) mais peut être pratiqué en plusieurs fois. Il sera exclusivement réservé aux tiges d’avenir3, car, un élagage de toutes les tiges serait hors de prix sans être forcément utile. Ainsi, il ne faut pas le pratiquer trop tôt, car le statut des arbres n’est pas encore affirmé, et couper des branches vivantes freinerait la croissance dans le jeune âge. Cependant, il ne faut pas intervenir trop tard non plus, pour éviter d’avoir beaucoup de nœuds, dont le diamètre serait non négligeable. Il est dit d’élaguer avant 10 à 15 cm de diamètre. (BOUVAREL, 1983)

Un bon dosage de l’intensité des éclaircies

Certaines marques sont également laissées par les gourmands. Il s’agit de bourgeons dormants, présents sur le fût et qui peuvent se développer sous l’action d’une mise en lumière. Ainsi, une éclaircie forte va favoriser leur apparition et leur développement en grosseur. Sur des essences comme le chêne sessile Quercus petraea ou l’épicéa de Sitka Picea sitchensis, il est recommandé de laisser les fûts à l’ombre. Cela se traduit par laisser un sous-étage pour couvrir ces troncs. De même, on évitera les fortes diminutions de densité.

C’est ce qui est aussi recommandé pour éviter la roulure, qui affecte beaucoup le châtaignier Castanea sativa. Ce décollement de cerne apparaît après diverses causes : chancre, brûlure, gélivure... Lorsqu’elle est totale, le décollement est circulaire et présent jusqu’à une hauteur importante de la tige. On peut tenter de limiter les risques en évitant de desserrer fortement les peuplements, afin d’obtenir une régularité des cernes.

Les fortes éclaircies peuvent également avoir un impact sur la proportion d’aubier4 dans le bois. Cette partie, n’ayant pas les mêmes propriétés que le duramen5, ne sera pas utilisée lors des transformations du bois. Ainsi, un fort pourcentage d’aubier diminuera le rendement, c’est la dire la quantité de matière utilisable. Donc, pour favoriser le processus de duraminisation6, il faut limiter la production ligneuse à la fin de la vie du peuplement. Laisser les houppiers se concurrencer (en retardant les éclaircies finales) freinera la croissance en diamètre et donc, la production de nouveaux cernes d’aubier. En revanche, le phénomène de duraminisation ne sera pas gêné. Cependant, une telle perte de croissance est un obstacle à la rentabilité. Si c’est l’objectif premier du propriétaire, il faut bien sûr éviter de faire chuter volontairement l’accroissement. Cette idée, surtout applicable aux résineux dont la densité finale est plus forte que pour les feuillus, vise juste à augmenter le volume de bois utilisable.

Des Hêtres rarement en bonne forme

Pour optimiser le volume, il faut également améliorer la cylindricité de l’arbre, en évitant aussi le développement de fourches7 sur les premiers mètres de grume. C’est l’objectif de la Taille de Formation. Cette opération vise à couper les branches susceptibles de gêner le développement de l’axe principal. On doit l’effectuer à l’état jeune, pour que l’arbre ait un axe dominant le plus rapidement possible.

Une telle opération ne sera pas forcément nécessaire sur les résineux, qui ont, en général, moins de problèmes de forme. Cependant, sur une essence feuillue comme le Hêtre Fagus sylvatica, elle est obligatoire.

Pour éviter ces fourches sur le hêtre, on conseillait de le planter à forte densité. Cela devrait théoriquement favoriser la concurrence entre les tiges, et ainsi limiter le développement de branches et fourches. Cependant, des études ont montré que la proportion de hêtres fourchus était équivalente entre une plantation à basse densité (1100 tiges/ha) et une à forte densité (5000 tiges/ha). L’effet bénéfique ne serait observable qu’à des densités de l’ordre de 10000 tiges/ha. Ainsi, quelle que soit la densité initiale (dans une large mesure), la taille de formation s’avère nécessaire. Donc, autant planter à faible densité pour diminuer les coûts.

Singularités en tant que faux défauts

Toutes les singularités ne doivent pas être considérées comme des problèmes.

Des ressources cachées...

Concernant ce même Hêtre, un problème de coloration se pose si l’âge d’exploitation est trop élevé. Dans de nombreux cas, le bois se colore partiellement en rouge. Cela ne génère pas d’altération de la qualité du bois. Soit le hêtre est entièrement blanc lors de l’abattage et cela ne pose aucun problème, soit on doit le faire devenir complètement rouge, car un marché est désormais preneur de hêtre rouge. Pour cela, une opération d’étuvage permet de donner cette couleur rouge au bois, de façon homogène.

Des particularités du bois sont parfois même bien plus intéressantes et appréciées. C’est le cas de l’onde. On parle de bois ondé ou frisé lorsque les fibres sont sinueuses, perpendiculairement à l’axe de l’arbre. Les cas les plus connus sont sur l’érable sycomore Acer pseudoplatanus. Cela donne une plus-value considérable, et c’est surtout apprécié en lutherie8, ou en ébénisterie.

...A la loupe

D’autres paramètres sont visibles de l’extérieur. Par exemple, des broussins peuvent apparaître sur les fûts. On pourrait les définir comme des amas de gourmands, qui sont présents pour cause génétique. Bien que ce soit souvent considéré comme élément dépréciateur, les marques générées sur le bois peuvent être esthétiquement recherchées. Ces marques sont appelées « Pattes de chat ».

La gélivure9, autre critère de dévalorisation, rend l’arbre difficile à scier. Cependant, les arbres gélifs présentent une très bonne aptitude au fendage, facilitant leur utilisation en merrain10. Comme ce débouché est très valorisant, il ne faut pas condamner tous les arbres gélifs.

Enfin, un élément très valorisant est la loupe, résultant d’une production anarchique de cellules. Elles ont généralement la forme de boules qui apparaissent sur le tronc. Mais, le dessin du bois de loupe est unique et très apprécié.

Il faut donc les laisser se développer et grossir pour augmenter le volume et ainsi la valeur de l’arbre.

Autres défauts

Certains défauts existent et semblent inévitables, du point de vue sylvicole. La description qui suit n’est pas révélatrice de tous les défauts existants, tant ils sont nombreux.

Cependant, il y a parfois des altérations du bois qui se produisent lorsque l’arbre est toujours sur pied. Par exemple, la cadranure est l’apparition de fentes partant du cœur de l’arbre vers la circonférence. On parle aussi de cœur étoilé. Elle est due à l’âge. En effet, les tissus ligneux meurent, se dessèchent et deviennent plus cassants. Il est bien évident que l’utilisation d’un tel bois est compromise.

Le fil tors n’est également pas admis pour les meilleures qualités. Il s’agit d’une orientation torsadée des fibres, autour de l’axe. C’est par exemple fréquent sur du chêne.

Bien d’autres défauts existent, mais, une simple définition dans le lexique suffira pour comprendre de quoi il s’agit : cannelure11, méplat12, lunure13...

Conclusion

Même s’il est impossible d’obtenir des bois de qualité irréprochable, du fait de la quantité de défauts existants, on peut tenter de l’améliorer. Des opérations sylvicoles se justifient pour limiter les principaux problèmes (nœuds, fourches...). En revanche, il faut aussi savoir tenir compte des singularités qui font que l’arbre peut avoir une valeur particulière.

Thibaud SURINI

Bibliographie :

BALLEUX P., 2002, Taille de formation et élagage : manuel pratique, Division de la Nature et des Forêts, Fiche technique n°16, 68 pp.

BOUVAREL L., 1993, La taille de formation et l’élagage de quelques feuillus précieux. Où en est-on en 1982 ?, ENGREF, Nancy, 37 pp.

PICARD O., 1996, Les normes des bois ronds et sciages, Quels enjeux pour les sylviculteurs ?, IDF, Forêt Entreprise n°111, p.27.

2002, Des chênes gélivés aptes à la production de merrain..., IDF, Forêt Entreprise n°145, p.5.

Liens :

http://amap.cirad.fr/architecture/photos/hetre/hetre016.html

http://passion.bois.free.fr/le%20materiau%20bois/index_materiau_bois.htm

http://www.crit.archi.fr/ bois/Bois/2.Matiere/Page3.html



Lexique :

1 : Partie inférieure du tronc qui est la partie la plus valorisable. Elle est comprise entre le pied de l’arbre et la première couronne de branches.

2 : Partie centrale de la grume, constituée des tout premiers cernes de bois produits par la tige.

3 : Arbres qui constitueront le peuplement final. Ce sont donc les arbres que l’on cherchera à valoriser au mieux.

4 : Partie vivante et fonctionnelle du bois. Ce sont les cernes de bois situés en périphérie de la grume.

5 : Bois de cœur, non vivant.

6 : Processus de transformation de l’aubier en duramen. Les tissus meurent, se chargent en tannins...

7 : Présence de deux tiges principales jumelles. Il y a donc une séparation du tronc en deux.

8 : Art de confectionner des instruments de musique.

9 : Fente radiale et longitudinale affectant le bois et l’écorce d’un arbre, provoquée par l’action du gel.

10 : Bois de chêne débité en planches destinées surtout à la tonnellerie.

11 : Plissements longitudinaux à la surface de bois ronds. L’arbre n’est donc pas circulaire, mais de forme géométrique indéterminée. (Fréquent sur le Charme Carpinus betulus)

12 : L’arbre méplat présente une section ovale : le plus grand diamètre mesuré est sensiblement différent du plus petit diamètre mesuré.

13 : Cerne(s) d’aubier non duraminisée, présente dans le bois de cœur.



Thibaud Surini

 
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